Malfaçons, chantier abandonné, entrepreneur en faillite ou fraude : les précautions à prendre avant de signer et les recours du droit belge en 2026, de la protection juridique et de la loi Breyne à la médiation, à la justice et à l’arbitrage. Rédigé avec la collaboration juridique d’un avocat.
Droit belge actualisé au 26 octobre 2026
Faire construire ou rénover engage une part importante du patrimoine d’un ménage. Une toiture défectueuse, un chantier abandonné ou un entrepreneur en faillite peuvent entraîner des dépenses supplémentaires, retarder un emménagement et rendre un logement difficilement habitable. La protection du maître de l’ouvrage, c’est-à-dire du client qui commande les travaux, doit donc se préparer avant la signature du devis.
Le droit belge offre des recours. Leur efficacité dépend toutefois du contrat, des preuves conservées, du respect des délais et de la possibilité de faire exécuter la décision obtenue. Une créance reconnue par un tribunal peut rester impayée si aucun responsable solvable ni aucune garantie mobilisable ne permet de l’honorer.
Cet article s’adresse principalement aux particuliers qui font construire ou rénover leur logement en Belgique. Il présente les précautions à prendre et les réactions adaptées lorsqu’un chantier se passe mal.
1 Une règle de conduite pour tout le chantier
Formalisez chaque décision importante par écrit et payez suivant un avancement vérifié. Cette règle doit guider la relation avec l’entrepreneur, depuis le premier devis jusqu’à la réception.
Une modification de matériau, un supplément, une prolongation de délai ou une promesse de réparation doivent être décrits clairement. Un accord écrit évite qu’une conversation de chantier soit ensuite comprise de deux façons différentes. Le SPF Économie recommande notamment de recueillir un accord écrit sur les travaux supplémentaires et leur coût. [1]
Conservez un dossier unique comprenant les devis, les conditions générales, les plans datés, les avenants, les attestations d’assurance, les factures, les preuves de paiement et les échanges. Photographiez les étapes qui seront ensuite cachées, comme les canalisations ou l’isolation. Après une réunion importante, confirmez les décisions par courriel et demandez une réponse en cas de désaccord.
Pour les paiements, prévoyez un échéancier cohérent avec le travail réalisé et les fournitures convenues. Un acompte important versé trop tôt augmente l’exposition financière du client. La confiance gagne à s’appuyer sur des vérifications.
2 Vérifier le prestataire et comprendre le contrat avant de signer
Identifiez précisément votre cocontractant : dénomination légale, numéro d’entreprise, adresse et identité de la personne qui l’engage. Vérifiez ces données dans la Banque-Carrefour des Entreprises. Un nom commercial ou une page sur les réseaux sociaux ne suffit pas à identifier la société contre laquelle un recours devra éventuellement être exercé. [2]
Consultez les comptes annuels auprès de la Banque nationale lorsqu’ils doivent être déposés, demandez des références de chantiers comparables et contrôlez les attestations d’assurance. Des comptes publiés et un statut actif constituent des informations utiles ; ils ne garantissent ni la qualité technique ni la solvabilité future. L’absence de comptes ne prouve pas davantage une fraude lorsqu’aucune obligation de dépôt ne s’applique. [3]
Un devis signé peut déjà constituer un contrat. Il faut donc lire ses annexes et ses conditions générales avant de l’accepter. Un document détaillé devrait préciser les travaux, les quantités, les matériaux, le prix et la TVA, les exclusions, les délais, les paiements, les modalités de réception ainsi que les garanties. Clarifiez aussi qui accomplit les démarches et contrôles nécessaires au projet. [4]
Examinez particulièrement les clauses permettant de modifier le prix, de prolonger les délais ou de limiter les responsabilités. En présence d’un consommateur, une clause abusive peut être nulle, même si le contrat a été signé. La signature ne rend donc pas automatiquement valable une clause qui crée un déséquilibre interdit par le Code de droit économique. [5]
Comparez les devis sur un périmètre identique. Un prix bas peut s’expliquer par une prestation différente ou incomplète. Demandez que les suppléments éventuels et leurs conséquences sur le calendrier soient approuvés avant leur exécution.
3 Souscrire la protection juridique suffisamment tôt
Avant de vous engager, faites vérifier ou souscrivez une assurance protection juridique couvrant expressément votre projet de construction ou de rénovation. Cette assurance, souvent appelée « défense en justice » ou « défense et recours », peut prendre en charge les frais d’avocat, d’expertise et de procédure dans les limites du contrat. [6]
La présence d’une rubrique « protection juridique » dans une assurance habitation ou familiale ne suffit pas. Certaines polices excluent la construction, les travaux soumis à permis ou nécessitant un architecte, ou encore certains différends contractuels. Demandez une confirmation écrite pour le chantier précis, en indiquant la nature des travaux et leur budget. [7]
Comprendre le stage préalable
Le délai de stage, aussi appelé délai d’attente ou de carence, est la période pendant laquelle certaines garanties ne sont pas encore acquises. Sa durée dépend de la police et du risque couvert : il n’existe pas de durée universelle pour tous les litiges de construction. Certaines garanties imposent plusieurs mois, d’autres peuvent prévoir deux ans. [8]
Il faut donc examiner l’assurance avant la signature du devis, et pas seulement quelques jours avant l’ouverture du chantier. Le contrat peut tenir compte de la date de l’engagement, du premier manquement ou des faits à l’origine du différend. L’expiration du stage ne rend pas automatiquement couvert un problème dont les causes étaient déjà connues. [7]
Une assurance souscrite lorsque le litige a déjà commencé ne permet pas de le couvrir rétroactivement. Vérifiez aussi le plafond applicable à la construction, la franchise, le montant minimal du litige et les conditions de prise en charge des expertises et des procédures amiables. Un plafond global élevé peut cacher un sous-plafond immobilier beaucoup plus bas. [6, 8]
Dès le premier différend, déclarez la situation à l’assureur et faites préciser les modalités de son intervention avant d’engager des frais importants. Dans les cas prévus par la loi, notamment lorsqu’une procédure l’exige ou en présence d’un conflit d’intérêts, l’assuré bénéficie du libre choix de son avocat. Ce droit ne supprime pas les limites de couverture de la police. [9]
4 Prévoir une véritable garantie de bonne fin
La défaillance d’un entrepreneur peut laisser un chantier inachevé alors que les acomptes ont déjà été consommés. Il faut étudier ce risque séparément des frais de justice et des dommages techniques. Les protections n’ont pas toutes le même objet. [6, 10, 11, 12]
| Protection | Objet principal | Point à vérifier |
|---|---|---|
| Protection juridique | Financer la défense et les recours couverts. | Travaux admis, stage, plafond et frais pris en charge. |
| Responsabilité civile et décennale | Indemniser certains dommages engageant la responsabilité d’un assuré. | Responsable identifié, dommage couvert et exclusions. |
| Tous risques chantier | Couvrir certains dommages matériels pendant le chantier. | Événements assurés, biens couverts et franchises. |
| Garantie de bonne exécution ou d’achèvement | Répondre financièrement à une défaillance dans les conditions de la garantie. | Déclenchement, montant, bénéficiaire et coût de reprise. |
Pour un projet important, recherchez avant la signature une garantie bancaire, une caution d’assurance ou une garantie d’achèvement adaptée, avec votre courtier, l’entrepreneur et votre conseil. Leur disponibilité dépend du projet et de l’acceptation du garant. Une assurance ordinaire de responsabilité ou une protection juridique ne constitue pas, à elle seule, une garantie générale de livraison du chantier. [10, 11, 12]
Faites préciser le prestataire garanti, les événements couverts, la durée, le montant disponible et les formalités d’appel. Le surcoût d’une reprise par une autre entreprise est-il couvert ? La garantie peut-elle être appelée en cas de faillite ou d’abandon ? Une mention « bonne fin garantie » sur un devis ne remplace pas un engagement effectivement émis par un garant identifié.
La protection particulière de la loi Breyne
La loi du 9 juillet 1971, dite loi Breyne, protège certaines opérations de construction ou de vente de logements lorsque des paiements sont dus avant l’achèvement. Elle ne s’applique pas automatiquement à toute rénovation. Il faut vérifier la qualification exacte de l’opération et l’organisation contractuelle du chantier. [13]
Lorsqu’elle s’applique, l’avance à la conclusion ne peut excéder 5 % du montant total du contrat et les tranches suivantes doivent respecter la valeur des travaux exécutés. La loi prévoit aussi une garantie financière obligatoire. Le plafond de 5 % de l’acompte ne doit pas être présenté comme une règle générale valable pour tous les devis de travaux. [13]
La garantie financière varie selon le régime de l’entrepreneur : l’entrepreneur agréé constitue un cautionnement de 5 % dans les conditions légales ; le régime de l’entrepreneur non agréé prévoit une garantie d’achèvement ou de remboursement selon le cas. Cette agréation ne se confond pas avec une simple inscription à la BCE. Un cautionnement de 5 % n’équivaut pas à une couverture illimitée du coût de reprise. [14]
5 Traiter la réception comme une étape juridique majeure
La réception constate l’acceptation des travaux, avec ou sans réserves. Lorsqu’elle vaut agréation, elle peut couvrir les défauts apparents non réservés, sous réserve notamment de la responsabilité décennale. Un procès-verbal signé trop rapidement peut donc fragiliser un recours. [15]
Inspectez le chantier avec l’architecte ou un expert lorsque l’enjeu le justifie. Décrivez chaque défaut : emplacement, nature, correction attendue et délai convenu. La formule « sous réserve de tous défauts » offre beaucoup moins de précision qu’une liste documentée. Si les défauts justifient un refus de réception, motivez-le et notifiez-le selon les formes requises.
Sous la loi Breyne, les réceptions provisoire et définitive doivent être séparées par au moins un an. Hors de ce régime, vérifiez ce que prévoit le contrat. La prise de possession, l’utilisation du logement ou certains comportements peuvent aussi produire des effets sur la réception : ne supposez pas que l’absence de procès-verbal vous protège toujours. [15]
Hors du régime de la loi Breyne, le point de départ de la responsabilité décennale dépend de l’agréation. Lorsque deux réceptions sont prévues, celle-ci intervient en principe à la réception définitive, mais le contrat peut lui donner effet dès la réception provisoire : la seule appellation du document ne suffit donc pas. Lorsque la loi Breyne s’applique, la responsabilité décennale court en revanche à partir de la réception provisoire".
6 Réagir aux malfaçons sans compromettre ses recours
Une malfaçon peut relever d’une exécution incorrecte, d’un matériau inadapté, d’une erreur de conception ou d’un défaut de coordination. Sa cause et sa gravité doivent être établies. Une infiltration, par exemple, n’a pas nécessairement le même responsable selon qu’elle résulte de la toiture, des châssis ou d’un raccord entre les deux.
La responsabilité décennale ne couvre pas tous les défauts
En droit belge, la responsabilité décennale des constructeurs vise les vices graves qui compromettent la solidité ou la stabilité d’un gros ouvrage. Elle ne constitue pas une garantie générale de dix ans sur toutes les finitions. Les défauts cachés moins graves peuvent ouvrir d’autres recours, selon leur nature et le contrat. Leur dénonciation et l’action éventuelle doivent être examinées rapidement. [1, 10]
L’assurance décennale obligatoire a elle-même un champ précis : notamment des travaux d’habitation en Belgique nécessitant légalement un architecte, dans le régime applicable aux permis concernés depuis juillet 2018. Toute fuite ou tout défaut d’étanchéité n’entre pas automatiquement dans sa couverture. Lorsque l’obligation s’applique, demandez les attestations avant les travaux. [10]
Une réaction organisée
- Préservez les preuves : photos datées, plans, échanges, factures, matériaux concernés lorsque c’est possible et constat technique adapté à la gravité du problème.
- Signalez les désordres précisément à l’entrepreneur et aux autres intervenants concernés. Proposez une visite contradictoire, c’est-à-dire permettant à chacun de constater les faits et de présenter ses observations.
- Adressez, si nécessaire, une mise en demeure identifiant les obligations non respectées, les corrections demandées et un délai raisonnable. Conservez la preuve de l’envoi et de son contenu.
- Déclarez le litige à votre assureur protection juridique et consultez un avocat lorsque les responsabilités sont contestées, que le chantier est bloqué ou que des délais approchent.
Une mise en demeure doit être adaptée à la situation. Un retard d’exécution appelle notamment un délai de reprise ou d’achèvement réaliste. Une urgence de sécurité exige des mesures immédiates. Il ne faut pas laisser un dommage s’aggraver pour respecter artificiellement une succession de courriers. [16]
Selon le dossier, le client peut demander l’exécution ou la réparation, une réduction du prix, la résolution du contrat et des dommages et intérêts. Ces remèdes ont des conditions et ne se cumulent pas sans limites. Le remplacement de l’entrepreneur à ses frais doit lui aussi être juridiquement organisé. [17]
Évitez de faire disparaître les désordres avant qu’ils aient été documentés et soumis à la contradiction. Des travaux conservatoires urgents restent possibles, mais il faut justifier leur nécessité et garder les preuves. Un constat d’huissier établit des faits matériels ; un expert technique recherche les causes et les remèdes.
La suspension de paiements peut être justifiée dans certaines circonstances, à condition de rester proportionnée et conforme à la bonne foi. Bloquer arbitrairement toutes les factures pour un défaut limité expose à une contestation. Avant de rompre le contrat ou d’engager un remplaçant, faites examiner les conséquences par votre avocat. [17]
7 Identifier les responsabilités de chaque intervenant
Entreprise principale et sous traitants
L’entrepreneur principal doit répondre de ses obligations envers son client. Le recours à un sous-traitant ne lui permet pas de se libérer simplement en affirmant que le problème concerne une autre entreprise. Dans le régime du Livre 5, la faute des auxiliaires auxquels le débiteur confie l’exécution lui est imputable. [17]
Depuis le 1er janvier 2025, le Livre 6 permet en principe une action extracontractuelle contre un auxiliaire, notamment un sous-traitant, pour les faits relevant de son champ temporel. Il faut cependant établir les conditions de responsabilité et examiner les moyens de défense et limitations valablement opposables, issus notamment des contrats concernés. Ce recours n’est donc pas automatique. [18]
Architecte et bureaux techniques
L’architecte répond de ses propres fautes de conception, de conseil ou de contrôle, dans le cadre de sa mission et de ses obligations légales. Son contrôle implique une intervention aux étapes importantes, sans exiger une présence permanente sur place. Une malfaçon de l’entrepreneur ne prouve pas, à elle seule, un manquement de l’architecte. [19]
Un bureau de stabilité ou un autre prestataire technique peut également être concerné si sa propre faute a contribué au dommage. L’assurance obligatoire de responsabilité professionnelle de certains prestataires intellectuels du secteur, organisée par la loi du 9 mai 2019, doit être distinguée de l’assurance décennale et de toute garantie d’achèvement. [11]
Les fautes concurrentes et la réparation du dommage
Si les fautes de plusieurs intervenants ont concouru au même dommage, une condamnation « in solidum » peut permettre à la victime d’obtenir la réparation intégrale auprès de l’un des responsables, sous réserve des conditions applicables et des recours entre eux. Cette coresponsabilité doit être démontrée. Elle ne résulte pas de la seule participation au chantier. [20]
Un défaut de conception des fondations et une exécution non conforme peuvent, par exemple, conduire à examiner ensemble les responsabilités de l’architecte, du bureau d’études et de l’entrepreneur. Le client doit aussi suivre les avertissements justifiés des professionnels : une instruction dangereuse ou une intervention fautive de sa part peut compliquer l’analyse de son indemnisation.
8 Réagir rapidement à la faillite de son entrepreneur
La faillite n’entraîne pas automatiquement la fin du contrat. Contactez le curateur pour connaître sa position sur la poursuite du chantier et clarifiez la situation avant de conclure avec un remplaçant, sous réserve des mesures urgentes nécessaires. Les paiements relevant de la faillite doivent être effectués auprès du curateur, suivant ses instructions vérifiées. [21]
Faites établir un état du chantier : travaux exécutés, défauts, matériaux présents, sommes payées et coût estimé de l’achèvement. Informez l’assureur protection juridique et recherchez immédiatement les garanties financières et les assurances éventuellement mobilisables.
Déclarez votre créance avec ses justificatifs dans RegSol, en respectant le délai fixé par le jugement de faillite. L’avocat peut aider à chiffrer les acomptes à récupérer, les dommages et les droits à faire valoir. Le curateur administre la faillite dans l’intérêt de la masse ; il n’est pas le conseil personnel du client lésé. [22]
La récupération des acomptes dépend notamment des actifs disponibles et du rang de la créance. Le client ordinaire peut ne récupérer qu’une partie des sommes, voire rien. Une garantie d’achèvement ou un autre engagement financier valable prend alors toute son importance. Les recours contre un assureur ou un autre intervenant supposent, de leur côté, une couverture ou une responsabilité effectivement établie. [21]
9 Distinguer le litige contractuel de la fraude
Un retard, une malfaçon ou une faillite ne suffisent pas, à eux seuls, à caractériser une escroquerie. Des manœuvres trompeuses, une identité usurpée, de faux documents ou l’encaissement frauduleux d’acomptes justifient une autre analyse.
Soyez particulièrement prudent face à une pression pour signer immédiatement, à un refus de remettre un devis détaillé ou à une demande de paiement difficilement traçable. Vérifiez tout changement de compte bancaire par un canal indépendant. En cas de menace ou de pression physique, contactez la police. [23]
Si vous soupçonnez une fraude, conservez les preuves, prévenez rapidement votre banque lorsqu’un virement est concerné, déposez plainte auprès de la police et signalez les pratiques via ConsumerConnect. Le signalement à l’Inspection économique sert au contrôle des pratiques ; il ne remplace pas vos démarches individuelles pour récupérer l’argent. [24]
10 Consulter un avocat avant que la situation ne se bloque
Pour un chantier important ou un contrat déséquilibré, une consultation avant signature permet d’examiner les paiements, les garanties, les clauses de réception et les mécanismes de règlement des litiges. L’avocat peut aussi vérifier la portée réelle d’une garantie de bonne fin et l’application de la loi Breyne.
Son intervention devient particulièrement utile en cas de défaut sérieux, d’abandon, de contestation persistante, de menace de rupture, de faillite ou de responsabilité partagée. Consultez-le aussi avant de signer une transaction, une renonciation à recours ou un procès-verbal de réception contesté.
L’avocat organise la stratégie juridique ; l’expert apporte l’analyse technique. Leur travail doit permettre d’identifier les bons interlocuteurs, de chiffrer les demandes et de choisir une procédure proportionnée au résultat recherché. Demandez une estimation des honoraires et discutez du coût de l’expertise ainsi que des chances réelles de recouvrement.
Une simple lettre recommandée n’interrompt pas automatiquement la prescription. La mise en demeure adressée par un avocat, un huissier ou certains mandataires peut interrompre la prescription si elle respecte les conditions légales. Cet effet ne peut toutefois être obtenu qu’une seule fois et ne prolonge le délai que d’un an au maximum. Tous les délais ne suivent pas ce régime, notamment les délais de forclusion. Ne comptez pas sur des promesses de réparation ou des négociations pour conserver vos droits. [25]
11 Choisir une solution amiable qui protège réellement
Un accord peut permettre de reprendre les travaux plus vite qu’une procédure complète. Il doit préciser les corrections, leur coût, les échéances, les contrôles et les conséquences d’un nouvel échec. Vérifiez que les renonciations demandées ne dépassent pas ce qui est réellement réglé.
La médiation permet de rechercher une solution avec l’aide d’un tiers indépendant. Le médiateur ne tranche pas le litige. Un accord obtenu dans le cadre approprié avec un médiateur agréé peut être soumis au juge pour homologation et recevoir ainsi force exécutoire. [26]
Pour un différend technique, la Commission de Conciliation Construction constitue une possibilité lorsque ses conditions de compétence sont réunies et que les intervenants concernés acceptent sa compétence par écrit. Attention à son règlement : les constatations techniques peuvent lier les parties, tandis que l’avis éventuel sur le partage des responsabilités techniques n’a pas la même portée contraignante. Il ne s’agit pas d’un jugement tranchant l’ensemble du litige. [27]
Le Service de Médiation pour le Consommateur offre également une voie gratuite pour les litiges relevant de sa compétence, après une démarche préalable auprès de l’entreprise et sous réserve de ses conditions de recevabilité. Sa recommandation n’est pas contraignante et ne remplace pas un jugement. Le choix de la voie amiable doit tenir compte des procédures déjà engagées et des délais à préserver. [28]
12 Recourir à la justice lorsque cela devient nécessaire
L’action judiciaire peut viser une expertise, la réparation des défauts, la résolution du contrat, une restitution ou une indemnisation. En cas d’urgence, des mesures provisoires peuvent être demandées, notamment pour préserver les preuves ou sécuriser une situation. Le juge des référés statue au provisoire ; sa décision ne règle pas définitivement le fond du litige. [29]
Le juge de paix connaît en principe des demandes ne dépassant pas 5 000 euros, sous les exceptions légales. Selon l’objet du litige et les parties, le tribunal de première instance peut être compétent. Le particulier qui agit contre une entreprise peut aussi, dans les conditions légales, saisir le tribunal de l’entreprise. La juridiction et sa compétence territoriale doivent être vérifiées avant d’engager l’action. [29]
L’expertise judiciaire éclaire le juge sur les désordres, leurs causes et les réparations. L’expert ne prononce pas lui-même la condamnation ; le juge conserve son pouvoir d’appréciation. Il faut aussi anticiper les provisions et participer utilement aux opérations d’expertise. [30]
Un procès peut entraîner des frais d’avocat, d’huissier, d’expertise et de justice. L’indemnité de procédure est une contribution forfaitaire aux frais et honoraires de l’avocat de la partie gagnante ; elle ne garantit pas leur remboursement intégral. Une décision favorable doit ensuite pouvoir être exécutée contre un débiteur solvable ou un garant tenu d’intervenir. [30]
13 Envisager un arbitrage en connaissance de cause
L’arbitrage confie la décision à un ou plusieurs arbitres. Contrairement à la médiation, il aboutit à une sentence qui tranche le litige. Cette voie peut convenir à un dossier important ou spécialisé, à condition que les parties comprennent et acceptent ses règles. [31]
Avant de choisir, examinez l’indépendance des arbitres, leur compétence, le règlement applicable, les honoraires et provisions, ainsi que les possibilités de recours. L’arbitrage n’est pas nécessairement moins coûteux ou plus rapide qu’une procédure judiciaire.
Il appelle une prudence accrue pour une petite créance, lorsque la solvabilité adverse est douteuse ou lorsque plusieurs responsables et assureurs doivent participer. Une convention entre le client et l’entreprise ne lie pas automatiquement l’architecte, un sous-traitant ou un assureur. L’impossibilité de réunir les intervenants nécessaires peut conduire à multiplier les procédures. [31]
Une clause d’arbitrage figurant dans des conditions générales doit être examinée au regard de la protection du consommateur et des clauses abusives. Il est prudent de prendre un conseil indépendant et de choisir cette voie lorsque la nature du différend est suffisamment connue, plutôt que de l’accepter sans en mesurer les conséquences. [5, 32]
L’appel d’une sentence n’est possible que si les parties l’ont prévu. Le recours en annulation, distinct de cet appel, reste limité à des motifs légaux et ne constitue pas un réexamen ordinaire complet du fond. Des mesures judiciaires provisoires ou conservatoires peuvent toutefois rester possibles malgré la convention d’arbitrage. [31]
14 Faire de la prévention une étape du projet
Avant la signature, vérifiez le devis et le prestataire, obtenez les garanties promises et faites confirmer la couverture de protection juridique ainsi que l’expiration du stage applicable. Pendant les travaux, documentez les décisions et contrôlez les paiements. Lorsqu’un problème apparaît, préservez les preuves et faites vérifier rapidement les délais.
Dans cette démarche, une analyse préalable du devis peut aider à repérer des incohérences de prix, des omissions et des clauses à examiner avant de s’engager. Elle complète les vérifications et les conseils adaptés au projet ; elle ne constitue pas une assurance d’achèvement, une expertise sur place ou une garantie d’absence de défaillance. [33]
La prudence permet de décider avec des informations vérifiables et des garanties identifiées. Lorsque les difficultés surviennent, elle consiste à agir assez tôt pour préserver une solution technique, financière et juridique.
Réalisé par nos rédacteurs ECV et avec la collaboration juridique de Me Renaud Piron, avocat inscrit au barreau du Brabant Wallon.
Références belges et portée de la mise à jour
Références consultées le 26 octobre 2026. Les développements présentent les règles applicables à cette date ; les dispositions transitoires doivent être vérifiées pour chaque contrat et chaque fait générateur. Le Livre 5 est entré en vigueur le 1er janvier 2023 et le Livre 6 le 1er janvier 2025. Le nouveau Livre 7 relatif aux contrats spéciaux, publié en septembre 2026, n’entrera en vigueur que le 1er septembre 2027. [34]
- [1] SPF Économie, Conditions générales et clauses abusives dans le secteur des travaux de rénovation, lignes directrices du 17 juillet 2026, notamment sections 3.8 à 3.10. economie.fgov.be — Guidelines rénovation.
- [2] SPF Économie, conseils pour choisir un entrepreneur et Banque-Carrefour des Entreprises, Public Search. economie.fgov.be ; kbopub.economie.fgov.be.
- [3] Banque nationale de Belgique, Centrale des bilans, application Consult et présentation des obligations de dépôt. nbb.be — Centrale des bilans.
- [4] SPF Économie, ConsumerConnect, Élaboration par un entrepreneur d’un devis ou d’un bon de commande. consumerconnect.be — Construction et rénovation.
- [5] Code de droit économique, livre VI, notamment articles VI.82 à VI.84 ; SPF Économie, Clauses abusives. economie.fgov.be ; Justel.
- [6] SPF Économie, Assurance protection juridique, mise à jour du 29 juillet 2025. economie.fgov.be — Assurances.
- [7] DAS, Conditions générales F5010, octobre 2025, dispositions sur la couverture, l’antériorité et les exclusions. Exemple contractuel, sans généralisation à toutes les polices. das.be — Conditions générales de protection juridique.
- [8] DAS, Protection juridique particuliers, tableau FP6520, juillet 2026, notamment garantie des litiges contractuels de construction et délai d’attente. Exemple contractuel, sans recommandation commerciale. das.be — Tableau des garanties.
- [9] Loi du 4 avril 2014 relative aux assurances, article 156 ; SPF Économie, Libre choix de l’avocat, mise à jour du 30 juillet 2025. Justel ; economie.fgov.be.
- [10] Loi du 31 mai 2017 relative à l’assurance obligatoire de la responsabilité civile décennale ; SPF Économie, Assurance responsabilité civile décennale. Justel ; economie.fgov.be.
- [11] Loi du 9 mai 2019 relative à l’assurance obligatoire de la responsabilité civile professionnelle de certains prestataires du secteur de la construction ; SPF Économie, fiche correspondante. Justel ; economie.fgov.be.
- [12] Allianz Trade Belgique, Garanties construction, présentation des garanties de bonne exécution, d’entretien et d’achèvement loi Breyne. Exemple de mécanismes disponibles, sous acceptation du garant. allianz-trade.com — Garanties construction Belgique.
- [13] Loi du 9 juillet 1971 réglementant la construction d’habitations et la vente d’habitations à construire ou en voie de construction, dite loi Breyne ; SPF Économie, Loi Breyne. Justel ; economie.fgov.be.
- [14] Fédération du notariat, Achat sur plan ou en construction, rubrique relative aux garanties ; loi Breyne et arrêté royal du 21 octobre 1971. notaire.be ; Justel.
- [15] SPF Économie, Réception provisoire des travaux de construction ou de rénovation et Réception définitive des travaux. economie.fgov.be — Loi Breyne.
- [16] SPF Économie, ConsumerConnect, Retard dans les travaux effectués par un entrepreneur. consumerconnect.be.
- [17] Code civil, livre 5, notamment articles 5.83 à 5.97, 5.229, 5.231 et suivants ; loi du 28 avril 2022 et règles transitoires. Moniteur belge du 1er juillet 2022 ; Justel.
- [18] Code civil, livre 6, notamment article 6.3 ; loi du 7 février 2024, notamment article 44 relatif à l’application dans le temps. Moniteur belge du 1er juillet 2024 ; Justel.
- [19] Loi du 20 février 1939 sur la protection du titre et de la profession d’architecte ; SPF Emploi, Chantiers temporaires ou mobiles, situation spécifique de l’architecte. emploi.belgique.be.
- [20] Cour de cassation, arrêt du 5 septembre 2014, C.13.0395.N, rapport annuel 2014, pages 30 et 31 ; règles relatives aux fautes concurrentes et à la responsabilité in solidum. justice.belgium.be — Cour de cassation.
- [21] SPF Économie, ConsumerConnect, Faillite de l’entrepreneur. consumerconnect.be.
- [22] Cours et Tribunaux, Faillites, informations pour les créanciers ; RegSol, registre central de la solvabilité. tribunaux-rechtbanken.be ; regsol.be.
- [23] SPF Économie, ConsumerConnect, Services de réparation malhonnêtes. consumerconnect.be.
- [24] SPF Économie, ConsumerConnect ; communiqué du 13 mars 2026, 100 000 signalements de fraude ces cinq dernières années, sur le rôle de l’Inspection économique et les démarches des victimes. economie.fgov.be ; news.economie.fgov.be.
- [25] Ancien Code civil, article 2244, notamment paragraphe 2 relatif à certaines mises en demeure interruptives de prescription. Justel.
- [26] SPF Justice, Après la médiation ; Code judiciaire, septième partie relative à la médiation. justice.belgium.be ; Justel.
- [27] Commission de Conciliation Construction, règlement de procédure de septembre 2025, notamment articles 4 à 6 et 19 à 21. constructionconciliation.be.
- [28] Service de Médiation pour le Consommateur, FAQ et règlement de procédure. mediationconsommateur.be.
- [29] Code judiciaire, articles 573, 584 et 590, relatifs à la compétence du tribunal de l’entreprise, aux mesures urgentes et à la compétence générale du juge de paix. Justel.
- [30] Code judiciaire, articles 962 et suivants, 1017 et 1022, relatifs à l’expertise judiciaire et aux frais et dépens. Justel.
- [31] Code judiciaire, sixième partie, notamment articles 1683, 1709, 1716, 1717 et 1719 à 1720. Justel.
- [32] Commission des clauses abusives, avis no 38 du 16 décembre 2015, développements sur l’arbitrage obligatoire en matière de consommation. Avis général, sans règle spéciale propre à la construction. economie.fgov.be.
- [33] Euro Construct Verify, présentation du service d’analyse préalable des devis. ecvcheck.com.
- [34] SPF Justice, Réforme du Code civil ; loi du 22 juillet 2026 insérant le Livre 7, publiée au Moniteur belge le 23 septembre 2026. justice.belgium.be ; Moniteur belge.



